J’en ai assez de ne pas savoir. Les mots perdent leurs sens et jouent avec moi, ils me narguent et le sens de son message m’échappe toujours. Savoir. Tout tourne autour de moi, le quai tangue dangereusement et les gens me regardent d’une drôle de façon. Avec un regard vide, un regard qui ne dit pas « nous sommes avec toi». Il y a du monde partout, mais je me sens seul.
J’avance d’un pas. Les bouts de mes souliers sont suspendus dans le vide. Sept cents cinquante volts dans les rails, au centre. Le choc serait énorme, mais assurément pas mortel. Peut-être qu’il parviendrait à me réveiller, à me redonner mes sensations, mes idées. Un peu de courage. Je veux sortir de ce mauvais rêve, percer le nuage de brume qui m’enveloppe depuis que j’ai fermé l’écran de l’ordinateur. Le sol vibre de plus en plus fort sous mes pieds. Quelqu’un cri mais ses mots s’évanouissent dans le bruit, dans le tremblement. Je ne les entends déjà plus.
Je fais un pas en arrière.
Le métro entre en station. Les portes s’ouvrent, des gens en sortent, d’autres s’y engouffrent. Je reste figé devant elles, ouvertes, comme pour me sauver de l’abysse dans laquelle je veux me jeter. Les secondes s’effritent. Je me sens soudainement lourd, trop pesant, je suis incapable de bouger. Les portes insistent, attendent. Quelque part dans ce wagon, une autre vie m’attend.
Devrais-je partir ou bien rester?
Devrais-je enfin tout laisser tomber?
Les portes se referment. Mouvement. Le bonheur s’en va et avec lui part Sophie, je crois que je l’ai vue, oui, derrière les portes fermées, inaccessible. Elle me souriait. Une de mes larmes coulait sur ses joues. Peut-être que c’est moi qui souriais, je ne sais plus.
Je suis seul sur le quai et je ne sais plus très bien qui je suis. Le mot moi ne veut plus rien dire s’il ne l'inclut pas, elle.
Je ne suis plus avec toi. Je ne peux t’expliquer pourquoi. C’est tout.
Est-ce que c’est vraiment les mots qu’elle m’a écrits, ou est-ce que c’est ceux que j’ai lus? Tout est confus. Je veux arrêter de penser. C’est si dur, mais ça pourrait être si facile. La quiétude éternelle. J’ai tellement mal. Le point dans ma poitrine est maintenant ouvert, il s’est transformé en une plaie béante d’où s’échappe toute ma volonté. Un gouffre s’est creusé, au milieu de mon corps, et le vide qui le remplit m’empoisonne, aspire tout la lumière qui est dirigée vers moi. Tout est noir, profond. Essayer n’en vaut pas la peine, c’est toujours du pareil au même, toutes mes histoires se terminent de la même façon. C’est sans doute en rapport avec le destin. C’est sûrement génétique. Ma mère. Elle serait si triste, mais elle comprendrait, elle ne souhaite pas me voir souffrir. Elle désire ce qu’il y a de mieux pour moi.
4 commentaires:
Et moi, de même.
(Superbe... Senti)
Merci beaucoup.
J'ai par contre de la misère à comprendre le «moi de même», mais bon...
Je crois que le «moi de même» voulait dire qu'on désire ce qu'il y a de mieux pour toi.
J'adore cette chanson, et bizarrement, chaque fois que je l'entends, elle me rappelle que chaque seconde est une parcelle d'une oeuvre, même si prise à part, elle semble dénuée de sens.
Exactement.
L'élite (lire Lilith) a parlé.
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