mardi 1 juillet 2008

Les lilas

C’est fou, parce que depuis que je l’ai rencontré, je me sens plus léger. J’ai l’impression de vivre à chaque fois que son nom traverse mon esprit, j’ai l’impression de me trahir quand je prononce celui d’une autre. Peut-être que la magie m’a aveuglé, qu’à force de raconter notre histoire je l’ai trop modifié, peut-être que j’ai perdu la simplicité de notre début de vue.

Si tu veux, on pourrait en parler autour d’un café.

Les mots se sont un peu échappés de ma gorge, je n’ai su les garder à l’intérieur. Je ne me souviens plus très bien si j’essayais de faire une blague, ou bien si l’idée d’être seul avec elle à une table existait à l’intérieur de moi, sans que j’en sois totalement conscient. Mes mots sonnaient faux et même quand les siens ont franchis l’espace entre nous, je n’y croyais pas.

Oui, j’aimerais ça.

Tout serait différent si nous n’étions pas sortis de la salle ensemble pour nous diriger vers le café, si nous ne nous étions pas assis à cette table et que si je n’avais pas ri de sa tisane aux canneberges. Je serais probablement devant la page blanche, encore à me chercher une histoire à me raconter pour meubler l’absence qui inonde mon appartement. Mes doigts erreraient longuement sur les touches du clavier, incapables de buriner ne serait-ce qu’un caractère sur l’écran. Mais nous sommes sortis ensemble de la salle, et j’ai ri de sa tisane à cette table d’un café où nous n’étions pas seuls, mais où nous n’étions pas vraiment. L’appartement est marqué par l’absence, tout de même, mais par son absence ici et celle de son sourire, celui qui me donne envie de croire à n’importe quoi, quand elle est là. Pour mieux me souvenir d’elle et pour la garder encore un peu ici j’essaie de la dessiner avec les lettres que j’encre sur la page pour combler le vide laissé par l’attente de ses nouvelles.

J’ai adoré ce moment passé au café à parler de tout et de rien, à suivre les sujets de conversation et à juste se laisser porter. Apprendre à la connaître. J’ai découvert derrière l’image d’elle une fille d’une richesse impensable, je n’osais même pas supposer qu’elle pouvait être si magnifique. J’ai peur. Si elle n’avait pas été elle, tout aurait été différent. Si elle avait été une autre, je n’écrirais pas cette histoire. Elle ne serait qu’une parmi tant d’autres, une personne croisée dans le métro le matin ou dans un de mes cours à l’université.

J’ai l’impression que le temps s’est suspendu, quand elle est entrée dans la salle, quand je l’ai aperçue pour la toute première fois. La vie continuait autour de nous mais d’une certaine façon nous étions dans une bulle, là mais en même temps ailleurs. Cette pause a duré jusqu’à ce que se referme derrière moi les portes du métro, après qu’elles aient emprisonné nos mots.

Je suis vraiment intéressé à te revoir.
Oui, moi aussi.


Les portes se sont refermées et en même temps ses paroles ont commencées à m’échapper. Le temps qui s’était arrêté pendant les trois jours écoulés depuis notre rencontre s’est mis à me rattraper, à m’étourdir, et tout d’un coup je me suis ennuyer d’elle, de sa voix et de ses yeux. Puis avec l’envie de la revoir est venu le doute, lentement, insidieux. Tous les signes que j’avais vus n’étaient peut-être que des créations de ma part. L’histoire de nous deux que je me raconte depuis que mes lèvres ont quittés ses joues n’est peut-être que de la fiction.

1 commentaire:

-CaR0- a dit…

Oh mais c'est tellement beau, les premiers instants d'une rencontre qui voit naître un amour. Je me rappelle avoir gardé en mémoire les moindres détails de ce genre avec mon amoureux et à raconter les premières rencontres à tout le monde pendant des semaines.

J'aime ta façon d'écrire.