J’aurais dû la suivre, peut-être. Ne pas poser de question et la suivre jusque dans le train, jusqu’au bout du monde. Dormir sur un divan dans une banlieue encore une fois, répété les mêmes gestes, peut-être. Être ailleurs, quelques instants, mais être moi-même, sans retenu. Aller me rejoindre en train, loin d’où je serai à la fin de la nuit, sous mes draps. Sauter dans un train pour changer de vie, pour m’abandonner derrière. Je n’ai jamais pris le train.
Je n’ai jamais pris le train.
Bien viens t’en.
Est-ce qu’elle voulait vraiment que je la suive, ou est-ce que ce n’était qu’une plaisanterie ? Peut-être que j’ai inventé ses mots, que je les avais lancé dans l’air moi-même. C’était si simple, tout d’un coup. Mais qu’est-ce que ça impliquait d’y aller, d’aller voir, d’aller ailleurs, d’être ailleurs et voir que peut-être j’y suis mieux que maintenant, qu’ici. Et surtout de la suivre, elle et ce qu’elle impliquait par ses mots que j’ai peut-être inventé, ses mots qui restent en suspend dans l’espace et qui s’accroche aux étoffes de nos manteaux.
C’est ici, la gare. Je dois aller au guichet.
Elle virevolte au travers des gens qui sont amassé autour des quais d’embarquement, aérienne, tellement légère que je crains ne pas être capable de la garder, ne serait-ce qu’un instant. Que pourrais-je faire pour qu’elle veuille bien rester avec moi, cette nuit ou pour la vie, pour que je puisse poser ma tête sur son épaule et pleurer lentement, quelques larmes de moi, pour elle, seulement parce que déjà j’ai l’impression de la perdre, par ma faute. Comme si je n’avais pas su quoi dire pour la garder là, ici et maintenant, dans un présent où j’étais bien, pour une rare fois.
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