mercredi 28 mai 2008

Photocopie

Elle était là, dans le cadre du jeune échevelé blond, celui qui le montrait sur sa planète, peut-être, je ne sais plus. Les couleurs se sont lentement délavées de ma mémoire, emmenant avec elles les formes de son visage, les contours de ces yeux, l'éclat de son sourire.
Elle était là, dans le cadre posé sur le bord de la fenêtre, celle qui donne directement sur le lac, en face, celle par laquelle j'aurais pu gaspiller des heures à contempler le mouvement des vagues lentes et hautes des jours de grands vents, mais parce que le cadre était posé tout contre elle je ne pouvais pas voir tout le monde qui s'offrait à moi. Elle m'attirait en son sein comme un vortex, mes yeux ne s'étaient posés sur sa copie couleur que déjà je savais que je ne serais plus capable de les faire regarder une autre, que je me retrouverais un beau matin ou un soir à pleurer dans une salle de bain déserte parce que les dernières effluves de son parfum se seraient dissipées.
Elle était là, à me sourire, je ne l'avais jamais rencontrée et déjà je cherchais mes mots pour lui dire que j'aimerais que l'instant d'elle se prolonge le plus longtemps possible et aussi que j'aimerais apprendre à la connaître au rythme des vagues et des chaises berçantes.
Elle était là, mais plus dans le cadre, là en vrai, et j'ai marmonné quelques mots et j'ai souris, beaucoup. Elle a souri aussi je crois. Je n'ai pas eu le courage de la prendre en photo pour pouvoir l'apporter avec moi, pour la placer sur le bord de ma fenêtre, qui ne donne pas sur les vagues, qui est loin du lac.
Elle était là, et maintenant je m'efforce de l'écrire ici.

1 commentaire:

Benoit Bordeleau a dit…

« Les souvenirs sont façonnés par l’oubli comme les contours du rivage par la mer. »
- Marc Augé, Les Formes de l’oubli