mercredi 13 août 2008

Frigidaire

Quand j'ai vu qu'elle était partie je me suis assis à la table de la cuisine. Je suis resté là un bon moment sans bouger. Je suffoquais. C'était comme si les murs avaient rétrécis, c'était rapprochés de moi pour me rappeler que je n'étais pas chez moi dans cette pièce, que ces lieux lui appartiendraient toujours. Assis à la table de cuisine j'ai regardé les ombres qu'elle avait laissées derrière elle avancer sur les murs, se jouer du temps, et j'ai compris que si mon passé était à elle, il me restait quand même mon présent.
Je me suis donc levé lentement et j'ai avancé, triomphant, vers le frigidaire. J'ai compri que quelque chose ne tournait pas rond quand la petite ampoule à l'intérieur du monstre blanc s'obstinait à rester éteinte, et ce même après plusieurs ouvertures de porte consécutives. Elle avait presque tout laissé derrière, mais elle avait prise toutes les lumières dans ma vie. Si elle ne revenait pas avant vingt-deux heures je ne pourrais vraiment plus rien voir. Il y avait trop de temps entre moi et son retour, duquel je ne savais rien. Il était pour moi un jugement, en quelque sorte. Je n'avais qu'à attendre qu'elle franchisse la porte, ou qu'elle ne la franchisse pas. Je ne savais laquelle des deux situations se présenterait en premier. J'avais sans doute beaucoup de temps à attendre, et puisse que je l'avais fait des milliers de fois, j'ai étiré la main, percé l'obscurité froide et j'ai pris une bière.
Je me suis rassis à la table, et j'ai attendu. Des fantômes d'elle se brossaient les dents à moitié nus dans l'appartement, d'autres préparaient des repas en chantonnant la chanson qui jouait lorsque nous nous sommes rencontrés, repassaient des chemises que je ne portais plus. J'ai bu une bière, puis deux, et trois, et j'ai attendu qu'elles disparaissent d'elles-mêmes.

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